Amour et mariage  

Quelles sont les principales fins du mariage ? » demande un catéchisme de 1782.

« La première est de donner des citoyens à l'État,
des enfants à l'Église, des habitants au Ciel »

La libération sexuelle que nous connaissons aujourd'hui trouve ses racines dans le mouvement de mai 68. Et c'est bien vrai que l'accès à la contraception et la possibilité de pouvoir contrôler ses grossesses fut, pour la femme, une libération dont les jeunes femmes d'aujourd'hui ont peine à imaginer l'importance.

Durant des siècles, la vie sexuelle de nos ancêtres fut un combat incessant entre le respect des préceptes rigides de Église en la matière et les tentations de la chair qui n'étaient certainement pas moindres que de nos jours.

Église ne badinait pas avec la sexualité. Non seulement, une jeune fille devait se présenter vierge à son époux le soir de ses noces (l'inspection des draps au lendemain de la nuit de noces était pratique courante dans certaines régions), mais elle considérait comme péché toute relation sexuelle dont la procréation n'était pas la finalité.  Le plaisir sexuel, sur lequel pèse la tare du péché originel, n’est justifié aux yeux de l’Église que dans la mesure où il permet la reproduction de l’espèce. C’est pourquoi il n’y a de sexualité permise que dans la vie conjugale. Non seulement les censeurs ecclésiastiques prohibent toute activité sexuelle extra-conjugale, mais dans la vie conjugale elle-même, ils veillent à ce que le plaisir sexuel ne puisse se libérer de sa finalité reproductrice : ils interdisent les rapports sexuels trop amoureux comme les rapports non féconds.

L'autorisation des parents..

Pendant une période du XIXe siècle, avant de se marier il fallait solliciter l'autorisation des parents ou, en cas de décès, celle des grands parents.
Si eux aussi étaient morts, on devait fournir des justificatifs ou déclarer ne pas savoir où demander ces actes de décès.
Il n'était pas si rare que des gens ayant perdu leurs parents jeunes ignorent où ceux-ci étaient inhumés, et à plus forte raison leurs grands parents.

Sommations respectueuses et mariage.
La loi exigeait le consentement parental pour la célébration du mariage.

Sous l'ancien régime, les enfants de moins de 25 ans étaient obligés d'obtenir le consentement de leurs parents pour se marier, les majeurs devaient « demander leur conseil », mais en cas de refus ils pouvaient passer outre.

Avec le code Napoléon (1804) : pour se marier, les enfants étaient obligés d'obtenir le consentement parental s'ils n'avaient pas la majorité matrimoniale, soit 25 ans pour les garçons et 21 ans pour les filles.
Si les enfants avaient atteint la majorité matrimoniale, ils pouvaient se marier sans l'autorisation parentale, cependant ils étaient tenus par la loi de demander le conseil de leurs parents par des actes respectueux. Cela nécessitait de recourir à un notaire pour adresser une « sommation respectueuse » à leurs parents. Il fallait y recourir par trois fois. Si les parents continuaient à s'opposer au mariage après le 3ème refus le mariage pouvait être célébré. Les parents pouvaient essayer divers moyens pour faire pression comme menacer de déshériter, de supprimer dot ou soutien éventuel. Ces recours duraient plusieurs mois. Durant ce laps de temps les parents espéraient voir leur enfant réfléchir et renoncer se rangeant à leur avis. Cela était censé éviter un mariage sur un emballement passager.

A partir de 1896 au lieu de 3 sommations respectueuses une seule était nécessaire.

Plus tard la loi du 21.6.1907 remplaça cette procédure par une simple notification de projet de mariage.

Le 2 février 1933 une nouvelle loi fit disparaître cette obligation pour les enfants ayant atteint la majorité matrimoniale.

Sous la plume de Emmanuel FILHOL : " L'image de l'autre au Moyen Age - La représentation du monde rural dans le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle " on peut lire ceci :

Le combat incessant que l'homme doit mener contre l'esprit de fornication, le plus honteux de tous les vices, a toujours été au centre de la morale chrétienne, et cela dès les premiers penseurs de l'Église. De Tertullien à Cassien, l'éthique sexuelle chrétienne repose sur la condamnation vigoureuse de la recherche du plaisir sexuel.
A la fornication comme recherche du plaisir, l'Église oppose le mariage, qui est devoir de procréation. Et toute recherche du plaisir en mariage fait de l'accouplement un adultère.
Autrement dit, nous sommes obligés de nous unir à l'autre sexe pour faire des enfants, mais nous ne devons pas nous attacher aux plaisirs sexuels. La sexualité ne nous a été donnée que pour nous reproduire. C'est un péché que de l'utiliser à d'autres fins, et par exemple pour le plaisir.
On sait que l'un des moyens choisis par l'Église pour combattre la luxure, considérée comme le vice féminin par excellence, a été de stigmatiser ce péché capital dans les représentations de l'enfer, au tympan des portails du jugement dernier. Ainsi, " sur un chapiteau de la Porte des Comtes à Saint Sernin de Toulouse, le Luxurieux est torturé, à côté de la Luxurieuse en proie aux serpents, sous la figure d'un homme nu livré à deux démons qui labourent avec des crocs ses organes génitaux ". Ou encore, " sous le porche de Moissac où les deux Vices voisinent, la Luxure apparaît sous les traits d'une mégère dont les seins et le sexe sont dévorés par des serpents et des crapauds : elle est ainsi punie par où elle a péché ".

C'est ainsi qu’on rencontre en général vers 1650-1740, parmi les populations paysannes d’Ancien Régime, des taux excessivement bas de naissances illégitimes et de conceptions prénuptiales (respectivement 1 à 2 % du total des naissances et 1 à 2 % du total des premières naissances). Au cours du XVIIIe ou du XIXe siècle, cette austérité diminuera quelque peu et des modèles de conduites sexuelles plus relâchées se répandront dans les campagnes en même temps que se diffuseront des coutumes contraceptives (coït interrompu).

On n'épouse pas un étranger…

"Si tu le peux, marie-toi dans ton village, et si tu le peux, dans ta rue, et si tu le peux, dans ta maison" conseille un ancien adage.

C'est dire que la notion d'étranger était autrement restrictive qu'à notre époque et il était inconvenant, en milieu rural, de se marier en dehors de son village ou de sa paroisse. Jusqu'au XIXe siècle, 70 % des garçons épousent une fille du village et 90 % des filles, s'y marient.

Les choses se compliquent quand on sait que les édits de Église, sous prétexte de lutter contre l'inceste, interdirent, à une certaine époque, les unions jusqu'au septième degré de parenté. Lors du Concile de Latran (1123), les Pères de Église ramenèrent cette limite au quatrième degré de parenté, lequel demeura en vigueur jusqu'en 1917. Tout cela explique que malgré des possibilités de dispense (si on y mettait le prix) accordées par l'évêque pour des parentés éloignées, le choix de nos ancêtres était assez restreint et que le risque du célibat forcé n'était pas insignifiant.

Pour nos ancêtres, il n'était donc pas facile d'épouser l'élu(e) de son cœur et les liens de parentés n'étaient pas les seuls obstacles à vaincre par Cupidon.

En effet, bien souvent, aux impératifs parentaux, venaient s'ajouter les intérêts du patrimoine foncier de la famille et les mariages "arrangés" étaient loin d'être un "privilège" de l'aristocratie.

Bien plus que les classes populaires, la noblesse était coutumière des adultères, des répudiations et des mariages consanguins. Pour tenter de remédier à cet état de choses, l'Église imposa son modèle de mariage à l'occasion de la réforme grégorienne, à l'initiative du pape Grégoire VII dès la seconde moitié du XIe siècle.  
C'est la raison pour laquelle le Concile de Latran ramena l'interdiction du mariage au quatrième degré, afin d'éviter les trop nombreuses répudiations faites jadis par les nobles sous prétexte de consanguinité.
De cette réforme, date également l'excommunication pour polygamie ou divorce.

On ne se marie pas n'importe quand

C'est également du Concile de Latran que remonte la publication des bans, c'est-à-dire la proclamation solennelle du mariage quelques jours avant sa célébration, afin d'éviter les mariages clandestins.

Le jour de la noce doit obligatoirement être un jour « ouvrier ». Les dimanches, les jours de fête, les jours où l’on honore la Vierge Marie (Chandeleur - Visitation - Assomption…) sont formellement exclus.

Le vendredi, jour de jeune en mémoire de la mort du Christ est prohibé ; le jeudi et le samedi sont évités parce que les festivités risqueraient de se prolonger à des jours interdits. De même, il est interdit de se marier pendant les périodes de pénitence (Avant - Carême) où l’abstinence sexuelle est imposée.

D’autre part, depuis la nuit des temps, le mois de Mai a toujours été évité et de nos jours encore, cette croyance reste bien ancrée chez certaines personnes : « noces de mai, noces mortelles » - « en mai, les méchants se marient » - « mariages de mai ne fleurissent jamais » - « les mégères se marient en mai » … Les raisons de cette méfiance pour le mois de mai doivent trouver leurs racines dans la nuit des temps et restent méconnues. Ce n’est, en effet, qu’à partir du XIXe siècle, que ce mois est devenu le mois de Marie.

Par contre, en milieu rural, c’est tout normalement que l’on ne se mariait pas pendant les mois d’été. La nécessité des gros travaux de la fenaison et de la moisson n’en auraient pas laissé le temps aux préparatifs et aux festivités.

Les mariages à la campagne avaient donc lieu, principalement, en janvier et février (entre la fête des Rois et le Carême) et en novembre (après les derniers travaux des champs et avant le temps de l’Avent).